Alimentation [3/4] : savourer, second principe pour tout digérer, même les blessures émotionnelles.

Quand j'avais des troubles digestifs et des inflammations chroniques, j'ai cherché comment m'alimenter de façon à mieux respecter mon corps. Et c'est en m'intéressant aux thérapies corporelles que j'ai trouvé ce que je cherchais, notamment avec l'alimentation japonaise. Je publie sur mon blog une série d'articles pour partager mes découvertes.

 

Dans nos sociétés modernes, nous avons tendance à courir partout, tout le temps, et à garder notre esprit en alerte, même quand le corps est à l'arrêt. Cela nous conduit bien souvent à manger n'importe quoi, n'importe quand, n'importe comment. À engloutir nos repas plutôt qu'à les savourer. Et à vouloir gagner du temps plutôt qu'à recharger les batteries. Au point qu'on en oublie que, manger, c'est avant tout l'occasion de se faire du bien.


Cette façon de consommer de la nourriture n'est pas anodine et contribue à épuiser le corps. Pour transformer les aliments, assimiler les nutriments et évacuer les déchets, l'organisme doit mobiliser une quantité non-négligeable d'énergie, donc de ki. Or, c'est assez facile de comprendre que, si on ne mâche pas bien sa nourriture par exemple, le corps devra fournir plus d'efforts pour liquéfier les aliments. Que si on est en tension quand on mange, par exemple parce qu'on travaille encore, le corps devra fournir de l'énergie à plusieurs systèmes en même temps. Et que si on est fatigué, donc que l'énergie manque, cela rendra d'autant plus difficile la digestion et réduira, ensuite, les capacités de concentration.


Bien évidemment, chacun fait les choses à sa façon. Si c'est simple et agréable de faire plusieurs choses en même temps, que vous trouvez votre équilibre ainsi, continuez ! Mais si des problèmes apparaissent, ayez en tête que ces habitudes, répétées tous les jours, peuvent engendrer des déséquilibres énergétiques et affaiblir les organes. C'est pourquoi les spécialistes japonais de l'alimentation considèrent bien souvent qu'il est très important de manger en prenant soin de son ki 🙂.


Faciliter le travail du corps.


On a déjà vu l'importance de manger en bonne quantité, c'est-à-dire, dans les bonnes proportions pour notre corps (voir ici). Cela permet d'adapter l'effort de transformation et d'absorption aux ressources énergétiques disponibles.


Dans "Rhume et fièvre au service de la santé", le Professeur Kuniaki Imoto écrit à sujet : "Plus on mange, plus le corps doit fournir de l'énergie pour digérer. Avec une surcharge de nourriture, on l'oblige à travailler davantage (...) Mais que la nourriture n'ait pas de goût, que les lèvres se craquellent ou que l'on ait des aphtes dans la bouche, nous autres humains continuons de manger. Nous sommes devenus incapables de discerner nos besoins corporels (...) Il serait tellement plus simple d'attendre que l'appétit revienne naturellement au lieu de surmener l'appareil digestif.".


Je n'ai pas grand-chose à ajouter à cela, car c'est un élément-clé. Mais, si on veut aller un peu plus loin, on peut aussi tenir compte du processus de digestion. Cela nous pousse alors à faire deux choses : bien mâcher les aliments ; privilégier une nourriture cuite, chaude et molle.


Bien mâcher, c'est un principe central dans la Macrobiotique. Tous les spécialistes conseillent de mâcher entre 50 et 100 fois chaque bouchée. Certains invitent même à mâcher les soupes et les infusions, c'est dire l'importance du sujet 😄 ! Sans s'arrêter au nombre, qui n'est finalement là que pour donner un ordre de grandeur, c'est la liquéfaction des aliments dans la bouche qui est importante. Pour trois raisons au moins :

  • Ça révèle la véritable saveur des aliments (miam 😊).

  • Ça améliore la sensation de satiété en ralentissant l'accumulation des aliments dans l'estomac.

  • Ça limite les efforts à fournir par les autres organes.

Au moment du repas, il suffit de porter attention à ce qu'il se passe dans la bouche pour réaliser qu'on a une tendance naturelle à bien mâcher nos aliments. Même sans compter le nombre de fois où l'on serre les dents, on ralentit automatiquement le rythme, on broie davantage la nourriture, on profite plus longtemps des textures et des saveurs, etc.


Il y a un aspect mécanique évident : plus la nourriture est transformée dans la bouche, moins l'estomac et la rate ne devront fournir d'efforts pour la réchauffer ou la transformer par la suite. Les risques d'hyperacidité ou d'irritation de la muqueuse sont alors moins importants. En outre, moins l'estomac fournit d'effort, moins les intestins devront à leur tour travailler. Et ainsi de suite, jusqu'à l'évacuation des déchets. La digestion commence dans la bouche. Bien mâcher, c'est améliorer tout le processus.


Certains disent qu'on pourrait digérer des cailloux si l'on pouvait les mâcher suffisamment. Et que "Bien mâcher permet même de transformer les toxines en substances nutritives", dixit le grand George Ohsawa lui-même. Chacun se fera son avis là-dessus, mais même si un doute persiste, cela n'enlève rien à l'importance de bien mâcher.


Au-delà des aspects mécaniques, c'est aussi l'éveil des sens qui s'opère dans la bouche. Et il y a quelque chose de très gratifiant à profiter du temps qu'on s'accorde en mâchant bien sa nourriture. Je suis parfaitement en phase avec le Docteur Keizo Hashimoto quand il dit : "Bien mâcher est le plus important. Ce faisant, on redécouvre instinctivement le goût d'une alimentation naturelle et entière."


Outre l'importance de bien mâcher, la diététique orientale insiste sur le fait de privilégier des repas chauds, correctement cuits et mous. Toujours dans l'idée de faciliter le travail du corps, c'est assez simple à comprendre : quand les aliments sont froids, ils doivent être "réchauffés" par le corps. Quand ils sont crus et durs, ils doivent être transformés afin d'être digérés. Tout cela mobilise du ki en excès. Bien sûr, beaucoup de choses se transforment lors de la mastication. Mais, si l'on souhaite être encore plus prévenant, c'est un aspect à avoir en tête également 🙂.


Spiritualité et cérémonie autour du repas.


Il y a aussi une dimension spirituelle très importante dans l'alimentation japonaise. De la même façon qu'ils ont adopté Chanoyu, la "Cérémonie du thé" (= rituel ancestral pour préparer et apprécier un bol de thé matcha), ils abordent les repas sous une forme beaucoup plus spirituelle que chez nous.


Il ne s'agit pas seulement d'absorber des calories et des nutriments. Il s'agit aussi de se connecter à quelque chose de plus profond. D'apprécier les couleurs, les saveurs, les textures, etc. D'avoir de la reconnaissance pour tout ce que la nature et l'humanité nous apportent chaque jour. De s'émerveiller, enfin, quant à la façon dont le corps unifie toutes ces énergies.


Michio Kushi, philosophe et promoteur du zen macrobiotique, disait : "La paix intérieure commence dans la cuisine, dans le garde-manger, dans les jardins et dans les champs. Partout où notre nourriture est cultivée et préparée. Nous absorbons l'énergie de la nature et de l'univers à travers la nourriture que nous mangeons. Et cette énergie est ensuite transformée en pensées et en actions." C'est, pour moi, la plus belle définition d'une alimentation que l'on pourrait qualifier de "japonaise". Avant même les aliments ou les recettes de cuisine.


J'ai déjà eu l'occasion de rappeler dans l'article précédent que nous ne devrions pas traduire l'expression japonaise Itadakimasu par "Bon appétit". Et c'est précisément pour la raison que je viens d'évoquer. Je crois qu'il vaut mieux envisager une traduction comme "Je remercie l'univers pour l'ensemble de son œuvre". Ça me semble plus juste, même si, il faut bien le reconnaître, la spiritualité des Japonais tend à se perdre de nos jours. Notons tout de même que cette expression est encore accompagnée d'un geste de révérence et de prière. Ce n'est pas pour rien 🙂🙏.


Je crois que nous aurions tout à gagner à nous inspirer de cette façon d'aborder le repas. Ou du moins d'envisager notre alimentation du jardin à la cuisine, de la cuisine à l'assiette, et de l'assiette au corps. Je pourrais évoquer dès maintenant l'intérêt de bien choisir ses aliments, de cultiver soi-même ses légumes, de cuisiner ses repas, etc. Mais c'est le sujet du dernier article. Je vous invite donc à cliquer ici pour en savoir plus.


Je terminerais juste en précisant que, d'un point de vue psycho-émotionnel, la digestion est très fortement liée au "lâcher-prise". On pourrait par exemple mettre en relation la constipation et le fait de "ne pas laisser aller les choses", de "retenir ses émotions", de "garder des choses à l'intérieur", etc. Aussi, bien digérer les aliments, c'est se laisser une chance de digérer toutes ces choses qui restent en travers de la gorge. Toutes ces blessures qui laissent des traces dans notre abdomen. Un élément à prendre en compte pour vivre apaisé, donc 😀.

 

Pour résumer, on peut dire que prendre le temps de savourer, ça signifie :

  • Mâcher longtemps, jusqu'à rendre la nourriture liquide.

  • Apprécier en bouche les textures et les saveurs.

  • Prendre son repas dans le calme et sans distraction.

  • Manger principalement des aliments cuits, chauds et mous.