Alimentation [4/4] : Manger mieux, dernier principe pour rétablir son équilibre intérieur.

Quand j'avais des troubles digestifs et des inflammations chroniques, j'ai cherché comment m'alimenter de façon à mieux respecter mon corps. Et c'est en m'intéressant aux thérapies corporelles que j'ai trouvé ce que je cherchais, notamment avec l'alimentation japonaise. Je publie sur mon blog une série d'articles pour partager mes découvertes.

 

Manger moins est un principe essentiel (on l'aborde ici). Limiter les efforts digestifs et savourer son repas également (voir ). Mais est-ce que cela veut dire qu'on peut manger n'importe quoi ? Bien évidemment, les Japonais, en raison de leur relation étroite à la nature et à la diététique orientale, ont beaucoup de choses à dire sur ce sujet. Je vais tâcher de détailler ici les points principaux, mais, pour résumer ce qui va suivre, je dirais qu'ils nous invitent surtout à adopter une alimentation dépolluée et simple 🙂. Ils ne conseillent pas spécialement une nourriture austère. Plutôt d'identifier, parmi toutes les choses excellentes que la nature nous propose, ce qui nous procure du plaisir et répond à nos besoins.


Une nourriture pas si raffinée...


Depuis longtemps, nos assiettes s'appauvrissent, non pas en quantité, mais en qualité. Tous les experts de l'alimentation sont unanimes : les plats industriels, les céréales raffinés, l'utilisation de pesticides, etc., détruisent les nutriments, perturbent notre système endocrinien et finissent par affaiblir notre corps.


Pour bien comprendre ce processus, Takanori Naganuma utilise, dans son livre "Prendre soin de son intestin", l'exemple très parlant du raffinage du riz au Japon au début du XXe siècle.


Jusqu'alors, les Japonais se nourrissaient essentiellement avec du riz complet et des légumes. Quand ils ajoutaient des protéines animales, ils mangeaient du poisson, mais c'était très rare, surtout en dehors des foyers les plus aisés.


Quand les techniques de raffinage ont été importées d'occident, elles ont entraînées une modification des habitudes alimentaires : le riz blanc a peu à peu remplacé le riz complet.


Il faut bien comprendre que les Japonais considèrent que la couleur blanche est un signe de pureté. Et que, à cette époque, manger du riz blanc était une chance pour celles et ceux qui pouvaient y accéder. Malheureusement, aussi anecdotique semblait-elle, cette évolution a créé les conditions d'une vaste et désastreuse épidémie de béribéri à travers tout le pays. En fait, le raffinage prive les céréales de nombreux bienfaits. Dans le cas présent, avec le riz, il réduit à néant les apports en vitamine B1, qui sont pourtant essentiels pour le corps. Or, comme la plupart des Japonais n'avaient pas d'autres sources pour en absorber, leur santé s'est dégradée. Et des vies ont été perdues.


"Lorsque la qualité du riz se détériore, c'est toute la vie qui en subit les conséquences", écrit T. Naganuma dans son livre. Et c'est sans doute la principale leçon à tirer de cette histoire.


Notons que ce qui vaut pour le riz vaut pour l'ensemble des céréales.


Prendre soin de notre équilibre intérieur.


Le raffinage du riz ne se contente pas d'appauvrir les apports en vitamines et en minéraux. Il détruit aussi une grande partie des fibres, dont le rôle est essentiel pour maintenir l'équilibre de la flore intestinale.


On nous a appris à voir les bactéries d'un très mauvais œil. Pourtant, notre corps est un organisme vivant dans lequel cohabitent plus de 100 000 milliards de bactéries. Les scientifiques estiment que 10% d'entre elles vivent sur notre peau, et les 90% restantes, dans notre tube digestif. C'est-à-dire qu'elles sont omniprésentes dans notre bouche, notre œsophage, notre estomac et, bien sûr, dans nos intestins. Il n'y a rien d'inquiétant à cela. Ces bactéries nous protègent et nous permettent de bien digérer.


Il y a des tas d'articles passionnants sur le microbiote, je ne vais donc pas m'étendre sur le sujet. Je me contenterais de dire que les problèmes surgissent lorsque l'équilibre de la flore intestinale est rompu.


T. Naganuma explique que les bactéries se répartissent grosso modo en trois catégories : les bactéries "neutres" (environ 70%), les "bonnes" bactéries (environ 20%) et les "mauvaises" bactéries (environ 10%). Tant que l'équilibre est maintenu, tout va bien. Mais si les "mauvaises" bactéries l'emportent, le corps s'engage sur la mauvaise pente. Or, on le sait désormais, une mauvaise alimentation, souvent trop grasse, trop sucrée, et surtout pauvre en fibres alimentaires, favorise le développement des "mauvaises" bactéries, au détriment des "bonnes".


Ça m'a tout de suite pensé à une histoire amérindienne que j'aime beaucoup, qui est parfois reprise dans le développement personnel : la légende des deux loups.


Elle évoque la bataille incessante d'un loup blanc, symbole de joie, d'amour et de bonheur, avec un loup noir, qui représente la peur, la colère et la tristesse.


Lequel gagne à la fin ?, demande le petit garçon.

Celui que je nourris, répond le vieux sage.


De la même façon, la question à se poser, c'est "quelles bactéries voulons-nous nourrir ?". Car le lien est évident. L'équilibre bactériologique est le reflet de notre équilibre intérieur, et donc, de notre équilibre émotionnel. On dit que le stress et les émotions influencent notre flore intestinale. C'est évident, et cela marche dans l'autre sens. "Vous êtes ce que vous mangez !", disait George Ohsawa, père fondateur de la Macrobiotique. Prendre soin de nos "bonnes" bactéries, c'est prendre soin de notre âme. Et en choisissant nos aliments, on choisit le chemin de notre vie.


On le sait, ça fait consensus aujourd'hui, et pourtant, on continue de commercialiser du riz blanc, des pâtes à la farine de blé blanche, des pains blancs, du sucre blanc, etc. De mon point de vue, c'est un non-sens, mais passons.


S'il y a un conseil à formuler ici, c'est de consommer des céréales complets ou semis-complets, pour profiter de tous les bienfaits que la nature peut nous apporter. Et préserver son équilibre intérieur 🙂.


Encore une fois, je transmets ici une conviction personnelle (et j'y vais à fond 😄). Mais il est possible, en faisant vos propres expériences, que vous réalisiez que vous ne digérez pas très bien les céréales complets. Pas de problème avec ça, l'écoute de vos sensations et de votre corps est le plus important. Nous avons toutes et tous une flore intestinale qui nous est propre. Ce qui vaut pour les uns ne vaut pas forcément pour les autres. Aucune culpabilité à avoir.


Je ne vais pas me lancer dans une explication pour l'ensemble des denrées alimentaires qui composent nos assiettes. Ça serait beaucoup trop long, et surtout inutile, car je crois que c'est assez évident. En plus des produits raffinés, il vaut mieux donc bannir aussi les légumes cultivés hors de terre et bourrés de pesticides. De même que tous les produits industriels, plein de sucres, de conservateurs ou de rehausseurs de goût. Je ne saurais que vous conseiller des fruits et légumes bios. De cultiver votre jardin quand c'est possible. Et de cuisiner vous-même les plats qui vous font du bien 🙂.


Flexitarisme et traditions.


Le régime traditionnel japonais est composé d'un bol de riz, d'un bol de légumes et d'un potage (ou d'une soupe miso). Rien d'autre. C'était l'alimentation des paysans, comme des samouraï ou des moines zen. Et, pour le créatif comme pour le travailleur, il y a déjà de quoi se faire plaisir 😍.


On peut, bien sûr, varier les céréales, les légumes ou les types de cuisson. Jouer sur les couleurs et les textures, etc. Les compositions sont infinies et, s'il faut vraiment ajouter du goût, l'utilisation d'une sauce soja, comme le tamari, de gomasio ou d'algues diverses peut facilement sublimer un plat. C'est en tout cas l'alimentation que je privilégie depuis un certain temps. Et je ne m'en lasse pas 😀. Bien sûr, cela n'empêche pas des exceptions de temps en temps. Encore une fois, il faut avant tout se faire plaisir. Écouter ses envies et ses goûts. Accepter des compromis, aussi, pour partager des bons moments avec ses proches. Tout est possible, au fonds, du moment qu'on mange en conscience.


L'alimentation traditionnelle japonaise est une alimentation flexitarienne. Car il arrive que des protéines animales viennent s'ajouter dans les bento. J'ai déjà parlé du poisson, mais je peux également évoquer les œufs, qui trouvent facilement leur place dans une soupe aux nouilles (par exemple un ramen) ou avec du riz et des légumes sautés à la poêle (nituké). La viande et les produits laitiers sont en revanche beaucoup plus rares.


J'ouvre ici une parenthèse gastronomique : les Sushis ou les Yakitoris ne font pas vraiment parti de l'alimentation traditionnelle. Ce sont des repas d'exception, à ranger avec le reste de la gastronomie japonaise, même si leur consommation est démocratisée aujourd'hui. Il est intéressant de noter, par exemple, que les Yakitoris ont connu leur pic de popularité juste après la Seconde Guerre mondiale. Au moment où l'influence américaine était très forte dans le pays. Ce n'est sans doute pas un hasard 😉.


Il faut bien comprendre que, ni le Yakuzen, ni la Macrobiotique n'interdisent quoi que ce soit. Chacun est libre de manger ce qui lui fait du bien, y compris de la viande. Mais il y a un équilibre à respecter. Aussi, comme les protéines animales ont tendance à encombrer les intestins, il est conseillé de les limiter, voir de les abandonner. Quand c'est possible 🙂.


Le docteur Keizo Hashimoto, qui a développé le Sôtai, reprend pour sa part une image très parlante quand il évoque la composition de nos assiettes. Dans son livre "Sôtai : Natural exercice", il s'appuie sur l'observation des dents pour déterminer quelles proportions adopter.


Il explique que nous avons trois types de dents : les molaires, pour broyer des céréales ; les incisives, pour découper les légumes ; et les canines, pour hacher la viande. Les molaires composent environ 60% de notre dentition, contre 25% pour les incisives et 15% pour les canines. Cette répartition serait tout simplement celle à respecter dans nos assiettes : 60% de céréales, 25% de légumes et 15% de protéines animales.


Pas mal pour se faire une idée. 🙂


Conclusion.


Je terminerais cet article en rappelant qu'il ne faut pas chercher à respecter scrupuleusement tous ces conseils. Chacun est libre d'essayer, d'adapter, et de laisser de côté tout ou partie de ce qui a été évoqué. C'est le corps qui aura de toute façon le dernier mot, et personne n'est mieux placé que vous-même pour savoir ce qui est bon ou non. De même, cet article porte le numéro [4/4] pour une bonne raison. Plus important que de changer son régime alimentaire, il y a d'abord l'écoute du corps, la satiété, ou la façon d'apprécier son repas. Souvent, on commence par se demander quoi manger ou, plutôt, quoi "bannir" de son assiette. Je trouve que c'est très anxiogène d'aborder la nourriture de cette façon. C'est avant tout notre rapport au corps qu'il faut repenser. Et j'espère vous avoir donné des outils pour le faire.


Je ne peux également que vous inviter une nouvelle fois à vous faire accompagner si vous en ressentez le besoin. Il y a des tas de professionnels compétents et bienveillants. Faites-leur confiance. C'est un investissement heureux ! 🙂


J'espère en tout cas que ce dossier vous a plu. N'hésitez pas à m'envoyer un message pour me faire un retour ou me poser vos questions. De surcroit, si vous souhaitez en savoir plus sur d'autres aspects de la philosophie japonaise ou de l'approche du corps, n'hésitez pas à me le faire savoir. Il n'est pas impossible que j'écrive un article dessus ! 😀


À très vite les amis.


Sayoonara !

 

Pour résumer, on peut dire que, manger mieux, cela signifie :

  • Bannir les produits raffinés, pollués, et les plats industriels ou transformés.

  • Privilégier les céréales complets, ainsi que les fruits et les légumes bios, de saison.

  • Varier les associations, les couleurs et les textures.

  • Réduire les protéines animales, y compris les produits laitiers.

  • Faire des exceptions quand l'envie est présente 🙂.