Comment j'ai appris à aimer ma peur (et j'ai renoncé à la vaincre).

La peur est l'émotion qui m'a le plus occupé l'esprit ces dernières années. Probablement parce qu'elle est omniprésente dans ma vie depuis toujours. Mais alors que je la voyais comme un ennemi à abattre, ou du moins comme une force antagoniste dont je devais me libérer, mon opinion a radicalement changé.


J'aime beaucoup ma peur aujourd'hui, et je vous explique pourquoi dans les lignes qui suivent 🙂.


Lorsque j'ai commencé ma reconversion professionnelle, c'était le brouillard dans ma tête. Et, bien sûr, la peur était partout.


Je redoutais ce que les autres pouvaient penser de mon projet au moins autant que ce qu'ils pourraient dire si, par malheur, j'échouais. Je ne savais plus si j'étais capable d'y arriver, ni même si je me lançais dans cette aventure pour de bonnes raisons. Ajoutez à cela quelques angoisses financières et vous avez tous les ingrédients d'un truc bien pesant qui empêche de dormir.


Ma peur a pris de plus en plus de place dans mes réflexions :

  • Je lui ai consacré des pages entières lors de mes séances de journaling.

  • J'ai fais de nombreux allers-retours avec la communication non-violente.

  • Et j'ai multiplié les échanges avec mes proches pour obtenir de précieux conseils.

En fait, je voulais l'éradiquer de ma vie.


J'avais l'impression qu'elle m'empêchait de libérer mon potentiel. Et je croyais encore aux formules bateaux qu'on lit sur Internet ou dans certains livres de développement personnel : "Apprendre à vaincre ses peurs pour vivre sa vie à fond", "Sortir de sa zone de confort pour être plus heureux", etc.


J'idolâtrais aussi la réflexion intellectuelle et la rationalité. Au point que je voyais les émotions comme des obstacles au travail de l'esprit.


J'ai compris par la suite que c'est plutôt l'inverse. Que l'intelligence émotionnelle est notre principale force. Et que le mental est une fonction support. Mais passons là-dessus pour aujourd'hui, j'en parlerais peut-être dans un prochain article 🙂.


Plus le temps passait, plus j'arrivais à comprendre ma peur. D'où elle venait, pourquoi elle était là, comment elle se manifestait dans mon corps, etc. J'ai réalisé qu'elle était plutôt coole en fait. Mais je n'avais pas l'impression d'avancer pour autant.


Car elle était toujours trop présente dans mon corps.


Étouffante.


Dialogues avec la peur.


J'ai eu envie d'écrire une lettre pour demander à ma peur de me laisser souffler (j'ai publié le texte ici si ça vous intéresse).


Et ça m'a fait un bien fou !


L'écriture en elle-même m'a soulagé de plein de choses. Comme un exutoire. Mais surtout, le fait de m'adresser à elle de cette façon m'a permis de réaliser qu'elle ne me définissait pas.


Qu'elle n'était qu'une partie de moi.


J'avais peur, certes. Mais j'avais aussi l'envie d'avancer, une motivation à toute épreuve et du caractère. Je refusais de me laisser abattre. J'avais une joie de vivre, une force morale et une positivité inépuisables malgré les difficultés. Bref, plein d'autres traits de personnalité qui existaient à côté de ma peur. Et qui parvenaient eux aussi à se faire entendre.


Il s'agissait d'écouter tout l'orchestre. Pas seulement le soliste.


J'ai voulu par la suite donner un visage à ma peur, pour l'incarner, lui parler et, éventuellement, la rassurer.


Pour l'anecdote, ma peur ressemble beaucoup à Emma Watson. C'est l'image que mon subconscient a choisie. C'est dire à quel point je l'apprécie aujourd'hui 😄.


Est-ce que j'ai fait disparaître ma peur ? Absolument pas. Mais ça m'a tout de même fait le plus grand bien. Car la boule au ventre, elle, a disparu.


Une alliée mal-aimée et sous-estimée.


J'ai compris que la peur sera toujours là. Et c'est tant mieux, car elle joue un rôle essentiel dans la vie. On a juste le choix entre, d'un côté, la laisser nous posséder, ou, de l'autre, prendre du recul pour l'utiliser à bon escient.


Le but ne sera jamais de faire disparaître une émotion quelle qu'elle soit, mais plutôt d'apprendre à utiliser cette énergie pour avancer dans la bonne direction.


Pour moi, les émotions sont des formes subtiles de ki, d'énergie vitale. Elles nous permettent autant de nous aiguiller que de passer à l'action.


Depuis cette prise de conscience, je ne vois plus ma peur comme un problème, mais comme une solution.


Comme une amie protectrice et bienveillante, pleine de bons conseils, même si elle est parfois un peu collante (mais je l'aime aussi pour ça 😉).


Je l'écoute, j'entends tout ce qu'elle veut me dire, mais dorénavant, et c'est le plus important, je choisis en conscience de la suivre ou non.


Ce processus d'incarnation et de distanciation que j'ai décrit a été très important dans mon cheminement. Et, même si je n'avais pas conscience de ce que je faisais, j'ai découvert par la suite qu'il s'agissait de quelque chose d'assez fréquent. Paulo Coelho l'évoque par exemple dans son excellent "Manuel des guerriers de la lumière", en ces termes : "Les maîtres avaient coutume jadis de créer des personnages pour aider leurs disciples à saisir les aspects de leur personnalité (...) Il suffit de placer vos angoisses, vos peurs, vos déceptions, dans un être invisible qui se tient à votre gauche. (...) Une fois créé ce personnage, il est bien plus facile de ne pas suivre ses conseils. C'est extrêmement simple. Et c'est pourquoi cela fonctionne très bien."


Alors, si vous aussi vous avez parfois l'impression d'être écrasé(e) par vos peurs, vous pouvez vous inspirer de tout cela :

  • Écoutez tout ce que cette émotion vous dit, tout ce qu'elle génère dans votre corps, dans vos pensées, et accueillez tout cela comme des preuves d'amour. La méditation et l'écriture sont des outils très utiles pour cela.

  • Donnez-lui un visage et essayez de discuter avec elle quand elle commence à être un peu trop présente. Surtout, sentez-vous libres de l'ignorer si elle insiste !

  • Écrivez-lui une lettre, envoyez-lui un vocal, une vidéo ou même un texto. Tout est possible au fond pour lui demander de vous laisser souffler un peu. Elle comprendra, j'en suis sûr.

Notons que ce qui vaut pour la peur vaut pour toutes les émotions, notamment sa grande copine, la colère. Alors, faites-vous plaisir !


Si, malgré tout, vous vous sentez toujours écrasé(e), n'hésitez pas à vous faire accompagner. Une séance de Shiatsu pourrait vous faire le plus grand bien 🙂 !


Je terminerais cet article en évoquant une petite histoire que j'ai écrite un jour, alors que j'avais besoin de prendre du recul sur ma peur (j'adore raisonner par métaphores, tous mes potes le savent ^^). Cette histoire, que j'ai sobrement intitulée "L'histoire des trois samouraïs et du pont de corde", m'a permis de comprendre à quel point la peur est une émotion utile et positive. J'y reviens régulièrement quand j'ai besoin de positiver et de nourrir ma créativité. Je vous raconte tout dans cet article.


Vive la peur, les ami(e)s. Vive la peur !