Ki, le souffle de vie. De quoi parle-t-on ?

Quand on évoque le ki, l'énergie ou le souffle vital, on en arrive souvent à se demander de quoi on parle exactement. Ou à chercher des preuves de son existence. C'est bien normal, puisqu'on projette sur ce tout petit mot — et sur son équivalent chinois Qi (prononcé "tchi")— des perceptions excentriques, proches de l'ésotérisme et de la magie. Pour commencer cet article, je vais donc déconstruire un mythe : non, le ki ne permet pas de créer des boules de feu géantes, ni de projeter en l'air ses adversaires, ni de faire souffler le vent autour de soi 🙂.


Il existe bien des techniques de "projection" du ki, comme par exemple Taïki, qui est pratiqué en Aïkido dans le dojo de Kôzô Nishino. Cette technique génère des manifestations physiques parfois déroutantes, mais celles-ci sont sans commune mesure avec ce que montrent la plupart des représentations culturelles, au cinéma notamment.


Le ki est un concept large, un mot-valise diront certains, qui fait référence à plusieurs choses : la respiration, le tempérament, les émotions, etc. C'est un concept culturel assez difficile à traduire ou à transposer en occident.


S'il faut une démonstration de l'existence du ki, j'invite toujours à regarder en premier lieu les mouvements inconscients du corps.


Si les poumons se gonflent et se dégonflent, si le cœur bat, si le sang circule dans les veines et dans les artères, si les yeux s'ouvrent et se ferment, si les neurones se connectent pour générer des pensées, si les nerfs communiquent avec le cerveau, si les organes digestifs transforment, assimilent et évacuent les aliments, etc., c'est parce qu'il y a de l'énergie dans le corps.


Il n'est pas nécessaire d'aller plus loin dans l'analyse ou d'en comprendre davantage pour accepter l'existence du ki. Il suffit d'observer, d'écouter, et de sentir ce qu'il se passe à l'intérieur de soi. Finalement, la meilleure preuve de l'existence du ki, c'est l'existence de la vie elle-même.


Bien sûr, c'est intéressant d'aller plus loin d'un point de vue scientifique. De comprendre comment ça marche ou de confirmer des observations par des études. Mais c'est un tout autre sujet. Le ki n'est pas un objet de science. C'est un objet culturel, philosophique, éthique.


Pour explorer un peu plus le ki, on peut ensuite observer les sensations qui nous connectent aux autres, ou qui nous font aimer la musique et les arts abstraits. On réalise alors que le ki, c'est aussi ce qu'on appelle l'attraction, la vibration ou la résonnance. Cette énergie qui, probablement en lien avec nos neurones miroirs, notre champ magnétique et nos cinq sens, génère nos sentiments, notre empathie, et nous relie avec ce qui nous entoure.


La plupart du temps, le ki s'écoule tranquillement dans le corps. Mais il arrive que des tensions ou des blocages viennent perturber sa circulation. Ces perturbations peuvent être identifiées de plusieurs façons, notamment par le biais de manifestations physiques, qui reprennent à leur façon la théorie du Yin et du Yang (on parle de Kyo et de Jitsu en shiatsu). Des parties du corps seront plutôt chaudes ou froides, plutôt souples ou rigides, plutôt toniques ou atoniques, etc. C'est assez facile de les repérer sur son propre corps. Et rien qu'en prenant le temps de ressentir ces différences, on contribue à rétablir une circulation du ki harmonieuse. C'est en cela que, par exemple, les techniques de méditation basée sur le scan corporel ou celles dites de "pleine conscience" produisent déjà tant d'effets. Il faut cependant parfois aller plus loin. Les thérapies corporelles sont alors très utiles.


Je ne vais pas m'étendre davantage sur le sujet, car il faut surtout comprendre que le ki est un concept qui permet d'observer et d'interpréter la vie. Il est fondamental dans toutes les approches corporelles japonaises, et il constitue un pont commun qui relie toutes les sensibilités.


Je terminerais juste en ajoutant qu'on ne devrait pas mettre de signe égal en le Qi chinois et le Ki japonais. S'il y a bien sûr des similitudes et une origine commune, l'histoire et la culture de part et d'autres de la mer de Chine impliquent des différences conceptuelles qu'il ne faut pas sous-estimer. On peut par exemple évoquer le rôle central du hara — l'abdomen — et du koshi — le bassin — chez les Japonais, associé à une philosophie thérapeutique beaucoup plus intuitive, là où les Chinois s'appuient généralement sur des théories plus abstraites et des techniques très codifiées. L'amalgame entre les deux contribue à faire oublier l'existence d'une spécificité japonaise en matière de soin et de développement du corps humain. Les croisements successifs du shintoïsme, des thérapies corporelles et des arts martiaux ont pourtant permis l'éclosion d'une philosophie magnifique et extrêmement riche 🙂.


D'autres articles viendront expliquer l'approche japonaise prochainement. J'espère que vous trouverez ça aussi passionnant que moi 😀.