— SEIKI, LA VIE AJUSTÉE

Développé par Akinobu Kishi dans la seconde moitié du XXe siècle, le Seiki Soho est un retour aux origines du Shiatsu et du soin par les mains au Japon. On trouve de nombreux points communs avec le Seitaï de Haruchika Noguchi, le Reiki de Mikao Usui ou le Jin Shin Jyutsu de Jirô Murai. Mais le plus surprenant est qu'on trouve aussi des similitudes avec ce qu'on appelle en Europe les "magnétiseurs" ou les "coupeurs de feu". Il ne s'agit bien sûr pas de magie, ni d'ésotérisme, mais d'un art fondé sur les mécanismes d'autorégulation du corps. Le Seiki, plus que tout autre art énergétique, nous ramène aux contacts spontanés des mains face à la douleur ou à la détresse. Et il nous en apprend beaucoup sur nous-même.

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CONNECTER LE CONSCIENT ET L'INCONSCIENT.

Avant toute chose, je tiens à préciser qu'il est très difficile de décrire ou d'expliquer le Seiki. C'est une expérience à vivre et, chaque personne, au regard de sa vie et de sa sensibilité, pourrait évoquer des choses très différentes. Je vais donc retranscrire ci-dessous ma propre vision, en tâchant néanmoins de rester le plus fidèle possible aux mots de son créateur, Akinobu Kishi, tels qu'ils ont été exposés dans son livre "Seiki : la vie en résonance", co-écrit avec l'une de ses élèves, Alice Whieldon.

Dans la plupart des techniques manuelles japonaises, le "soin" consiste à passer par le corps pour soutenir les personnes dans leur processus de guérison, que ce soit au niveau émotionnel, psychologique ou physique. Le but n'est pas de guérir à proprement parler, mais d'aider le corps à activer ses propres mécanismes, notamment ce qu'on appelle l'homéostasie. C'est aussi le cas du Seiki, et Akinobu Kishi utilisait une image très parlante pour comprendre comment cela fonctionne : "(...) C'est comme souffler sur un feu qui fume, mais qui ne brûle pas. Il suffit de souffler dessus pour qu'il brûle mieux".

La particularité du Seiki, c'est qu'il rétablit les connexions entre le conscient et l'inconscient. Il aide à révéler sa sensibilité, clarifier ses désirs, et retrouver l'énergie pour avancer avec persévérance et confiance sur son chemin. La réalisation de soi, l'accomplissement de sa nature profonde, de même que la poursuite de ses désirs, sont autant de conditions pour que le corps se renforce durablement.

Le Seiki est également un moyen de rétablir la "souplesse" du corps, c'est-à-dire, dans la signification japonaise, de le réhabituer à faire face de lui-même aux aléas de la vie. D'être l'eau qui coule malgré les obstacles. Et le roseau qui plie, mais ne rompt pas. Alors que le Shiatsu, par exemple, implique l'intervention d'un tiers pour débloquer les stagnations du ki – l'énergie vitale, le Seiki permet au corps d'être suffisamment souple pour ne pas laisser les blocages s'installer.

MOUVEMENT RÉGÉNÉRATEUR.

Le Seiki considère que nous avons tous, dans notre corps, une pulsion de vie qui tend à nous ramener vers l'harmonie. Une énergie qui agit d'elle-même, chaque jour, pour évacuer les tensions, les blocages émotionnels, ou rétablir le bon fonctionnement de nos organes.

Haruchika Noguchi, grand maître de Seitai, a appelé ce mécanisme katsugen, que l'on traduit par "mouvement régénérateur" ou "mouvement correctif involontaire". Il s'agit généralement de manifestations physiques, comme un bâillement pour relâcher la tension dans le plexus solaire, un pied qui se balance pour évacuer du stress ou un dos qui se met à trembler pour réchauffer le corps qui a froid. Je crois pour ma part que cela peut aussi bien être une pensée ou une émotion. On pourrait par exemple considérer que les rêves que nous faisons la nuit sont une forme de katsugen, dans le sens où ils expriment, à leur façon, un désir plus ou moins conscient d'aller vers l'avant. Il faut bien comprendre que nous pratiquons tous katsugen sans le savoir. Nous l'expérimentons chaque jour, de plein de façons différentes.

Les problèmes se manifestent quand ce mécanisme est perturbé par un excès d'actions contre-nature ou une suractivité mentale. Quand on force le corps à faire des choses qui génèrent de la tension sans lui laisser le temps de se réajuster. Or, nous vivons dans un monde surchargé d'injonctions, d'obligations et de compétition. Il faut être comme ceci, se comporter comme cela. Être le ou la meilleure. Tout cela empêche le corps de s'exprimer autrement qu'en générant des maladies. Il est d'ailleurs intéressant de noter que la maladie est une forme avancée de katsugen, puisqu'elle sert, elle aussi, à retrouver l'équilibre. Kuniaki Imoto, un autre grand maître de Seitai, conseillait d'ailleurs de se réjouir d'avoir de la fièvre, car "elle prouve que le corps fonctionne parfaitement". 

Pendant une séance de Seiki, on parvient à mettre le mental en retrait pour laisser toute la place aux mécanismes inconscients du corps.

L'état de relaxation physique et mental dans lequel on se trouve réveille le mouvement régénérateur. Ce faisant, on évacue les tensions physiques et émotionnelles, ainsi que des blocages plus profonds, enfouis dans les interstices de l'être.

 

À mesure que ce travail s'effectue, la respiration devient plus ample. Et l'esprit se clarifie.

Tout le monde possède la solution en lui-même. Le Seiki n'intervient qu'en soutient.

PLUTÔT SHIATSU OU SEIKI ?

Dans ma pratique, le Seiki occupe une place centrale. Mais le plus important est de respecter la sensibilité de chacun. Quand certains sont attirés par le Seiki, d'autres le sont par le Shiatsu. J'essaye de ne pas opposer les deux et je m'adapte en fonction de la personne que j'ai en face de moi. Aucun problème à dire que je suis praticien en Shiatsu donc, mais ça ne dit pas tout 🙂.

 

L'écueil dans lequel il ne faut pas tomber avec le Shiatsu, c'est la perte de sensibilité et de spontanéité. On est parfois trop dans la mécanique du geste, dans la stratégie thérapeutique et dans la recherche de points "pour soigner". Donc, dans le mental. Or, je crois que l'essence d'une thérapie corporelle, c'est l'écoute du corps, la sensation, le développement de l'empathie, de l'intuition, bref, ce que les Japonais appellent Mushin, l'esprit "sans esprit", et les Chinois Wu wei, le "non-agir".

 

Je revendique un retour au minimalisme, ou plutôt à l'essentialisme. C'est pourquoi je pratique un Shiatsu sensitif et intuitif. Je me reconnais dans cette citation du Docteur Tadahisa Fujii, rapportée par Akinobu Kishi dans son livre : "Si on souhaite pratiquer quoi que ce soit de japonais, on doit comprendre l'essence simple et fondamentale et repartir de zéro. Si vous vous contentez d'imiter la forme avancée, alors vous échouerez à saisir l'essence."

 

C'est le chemin que j'ai choisi d'emprunter. Et c'est celui que je propose à celles et ceux qui viennent me voir.

EMPATHIE AVEC LA VIE.

Dans une société de plus en plus individualiste, où les contacts humains manquent de chaleur, nous avons besoin d’être touchés, au corps et au cœur. Mais le toucher, en Seiki, n'a pas vocation à être intrusif, ni à intervenir sur le corps comme c'est le cas dans la plupart des massages. En posant simplement les mains sur différentes parties du corps, beaucoup de choses se passent déjà.

Le toucher Seiki est beaucoup plus subtil et sert, avant-tout, à établir une connexion, une résonnance entre deux personnes. Il correspond en quelques sortes au "regard positif inconditionnel" évoqué en son temps par le psychologue Carl Rogers. Il disait notamment ceci : "Ce regard est fait d’acceptation, d’intérêt réel, d’estime, de chaleur humaine et d’absence de jugement (...) Quand le thérapeute adopte une attitude positive, acceptante face à ce que le client est à ce moment-là, il est probable qu’il se produira un changement thérapeutique". On pourrait remplacer les mots "regard" par "toucher" et "thérapeute" par "praticien", on aurait alors une belle description de ce qu'est le seiki.

Ça peut sembler très simple dit comme ça, et, encore une fois, tout dépend de la sensibilité de chacun. Ma conviction, néanmoins, c'est qu'on peut toutes et tous parvenir à enlever les masques que l'on porte sur le visage et les armures qu'on a sur le dos. Qu'en s'allégeant ainsi, l'âme s'élève et le corps commence à aller mieux. Le toucher "maternelle" ou "avec amour" dont on parle parfois aide à faire cela.

Maintenant, au-delà des mots, je ne peux que vous inciter à vous faire votre propre expérience.

Les actions sont toujours plus importantes, comme les premiers pas. Et je suis à votre disposition pour cela ! 😀

 

Bien sûr, le Seiki n'a pas vocation à soigner dans le sens occidental du terme. Il ne se substitut en aucun cas au suivi médical par le médecin traitant.